Fiche 01 — Fondamentaux

Comprendre
la combustion

Ce qui se passe entre l’arrivée du combustible et la sortie des fumées : mélange air-gaz, inflammation, excès d’air, condensation et lecture des principaux indicateurs.

Idée essentielle

Une bonne combustion fournit l’énergie demandée avec un mélange stable, assez d’air pour brûler complètement le combustible, mais sans excès inutile. Elle produit très peu de CO, évacue correctement les fumées et reste conforme aux valeurs du fabricant.

01 — Les bases

Les trois conditions de la combustion

Une flamme ne peut être entretenue que si trois éléments sont réunis : un combustible, un comburant et une énergie d’activation. Dans une chaudière gaz, le combustible est principalement constitué de méthane, le comburant est l’oxygène de l’air et l’étincelle ou la flamme d’allumage apporte l’énergie initiale.

Réaction idéale du méthane

Équation de combustion complèteCH4 + 2 O2 → CO2 + 2 H2O + chaleur
ÉlémentQuantitéRôle ou résultat
CH₄ — méthane1 volumeCombustible consommé.
O₂ — oxygène2 volumesQuantité théorique nécessaire à la réaction.
CO₂ — dioxyde de carbone1 volumeProduit d’une combustion complète du carbone.
H₂O — vapeur d’eau2 volumesProduit de la combustion de l’hydrogène.

Cette équation est dite stœchiométrique : chaque molécule de méthane reçoit exactement l’oxygène nécessaire. L’air ne contenant qu’environ 21 % d’oxygène, il faut apporter beaucoup plus d’air que les deux volumes d’O₂ représentés dans l’équation.

Besoin d’air théorique — exemple simpleAir théorique = oxygène nécessaire ÷ 0,21
ÉtapeCalculRésultat
1. Oxygène nécessaire2 m³ d’O₂ pour 1 m³ de CH₄2 m³
2. Part d’O₂ dans l’airEnviron 21 % = 0,210,21
3. Air théorique2 ÷ 0,21≈ 9,52 m³ d’air

À retenir : environ 9,52 m³ d’air pour 1 m³ de méthane pur. Pour le gaz naturel distribué, GRDF indique un besoin d’environ 9 m³ pour un gaz B et 10,5 m³ pour un gaz H, selon sa composition.

02 — Mélange froid

Limites d’inflammabilité du mélange air-gaz

Avant l’allumage, un mélange froid de méthane et d’air ne peut propager une flamme que dans une plage donnée. À température et pression ambiantes, les limites usuelles sont proches de :

< 5 % CH₄Trop pauvre
5 à 15 % CH₄Inflammable / explosif
> 15 % CH₄Trop riche
Attention : « trop riche » ne signifie pas sans danger.

Un mélange au-dessus de la limite supérieure peut redevenir inflammable dès qu’il est dilué par de l’air. Une fuite de gaz ne se recherche jamais avec une flamme.

La plage 5–15 % concerne le méthane dans l’air avant combustion. Elle ne doit pas être confondue avec les pourcentages d’O₂ ou de CO₂ mesurés dans les fumées.

03 — Réglage air / combustible

Pourquoi travailler avec un excès d’air ?

Dans une chaudière réelle, le mélange n’est jamais parfaitement homogène. On fournit donc un peu plus d’air que la quantité théorique afin que chaque particule de combustible rencontre assez d’oxygène.

Formule 1 — Facteur d’airλ = air réel ÷ air théorique
SymboleSignificationExemple
Air théoriqueQuantité minimale calculée pour brûler le combustible.10,5 m³
Air réelQuantité effectivement envoyée au brûleur.13,125 m³
λRapport entre l’air réel et l’air théorique.13,125 ÷ 10,5 = 1,25
Formule 2 — Pourcentage d’excès d’airExcès d’air (%) = (λ − 1) × 100
ÉtapeCalcul avec λ = 1,25Résultat
1. Retirer l’air théorique1,25 − 10,25
2. Convertir en pourcentage0,25 × 10025 %
3. LectureLe brûleur reçoit 25 % d’air en plus du besoin théorique.Excès d’air = 25 %
λ < 1Défaut d’air

Combustion réductrice, CO et imbrûlés peuvent augmenter rapidement.

λ ≈ 1,2 à 1,4Excès maîtrisé

Repère général GRDF pour certains brûleurs gaz à air soufflé.

λ trop élevéTrop d’air

Fumées diluées, pertes thermiques et rendement dégradé.

La notice constructeur reste prioritaire. Les brûleurs prémélangés, atmosphériques, modulants et industriels n’ont pas tous la même fenêtre de réglage. La valeur doit être vérifiée à plusieurs allures lorsque le fabricant le demande.

04 — Valeurs de référence

Valeurs théoriques et repères pratiques

Les valeurs théoriques décrivent une combustion idéale. Les valeurs pratiques ci-dessous sont des ordres de grandeur pédagogiques pour le gaz naturel, calculés autour de 20 à 40 % d’excès d’air. Elles ne constituent pas une consigne universelle.

IndicateurThéorieRepère pratique gazInterprétation
O₂ fumées sèches≈ 0 %≈ 3,5 à 6 %Monte lorsque l’excès d’air augmente.
CO₂ fumées sèches≈ 11,7 % max.≈ 8,4 à 9,8 %Se rapproche du maximum quand l’excès d’air diminue.
Facteur d’air λ1,00≈ 1,20 à 1,401,20 correspond à environ 20 % d’excès d’air.
CO dans les fumées0 ppmLe plus bas possible ; < 100 ppm selon le guide GRDF citéÀ comparer à la notice et à la valeur corrigée/non corrigée.
Smoke / indice de suie0Cible 0 sur brûleur fioulNe s’applique pas comme réglage courant au gaz.
Formule 3 — Estimer le CO₂ avec l’excès d’airCO₂ mesuré ≈ CO₂ maximal ÷ λ
DonnéeValeur d’exempleExplication
CO₂ maximal théorique11,7 %Valeur de référence du gaz naturel.
Facteur d’air λ1,25Correspond à 25 % d’excès d’air.
Calcul11,7 ÷ 1,25CO₂ ≈ 9,36 %.

C’est une relation approchée destinée à comprendre la tendance. Dans la pratique, l’analyseur calcule souvent le CO₂ et λ à partir de l’O₂ mesuré et du combustible sélectionné.

Comment lire ensemble O₂, CO₂ et CO ?

  • O₂ élevé + CO₂ bas : excès d’air important, prise d’air parasite possible ou fumées diluées.
  • O₂ bas + CO₂ élevé + CO qui monte : marge d’air insuffisante ou mauvais mélange ; situation à corriger.
  • CO élevé malgré un O₂ présent : ne pas conclure trop vite à un simple manque d’air ; vérifier tête de combustion, encrassement, stabilité de flamme, échangeur, évacuation et prélèvement.
  • Valeurs instables : attendre la stabilisation et rechercher un défaut de modulation, de tirage ou d’alimentation.
05 — Condensation

Le point de rosée des fumées

La combustion produit de la vapeur d’eau. Lorsqu’une surface ou les fumées passent sous une certaine température, cette vapeur commence à se condenser et libère sa chaleur latente.

Gaz naturel≈ 57 °CPoint de rosée indicatif
Fioul≈ 47 °CPoint de rosée indicatif

Une chaudière à condensation cherche volontairement à obtenir un retour d’eau assez froid pour condenser dans un échangeur prévu à cet effet. Sur une chaudière ou un conduit non conçu pour condenser, une température trop basse peut provoquer corrosion, condensats et dégradation. Le point exact varie avec le combustible, l’excès d’air et la teneur en eau des fumées.

06 — Fumées fioul

Smoke test : mesurer l’indice de suie

Le « smoke test » ou test Bacharach mesure le noircissement produit par les suies d’une combustion fioul. Une pompe aspire un volume défini de fumées à travers un papier filtre ; la trace est comparée à une échelle graduée.

0Cible : aucune trace
1Légère trace, à interpréter
2 et +Suie : rechercher la cause

Le test de suie doit précéder l’introduction d’une sonde électronique sur un brûleur fioul inconnu, afin d’éviter de contaminer l’analyseur. Toute présence de dérivés huileux ou de condensat invalide le prélèvement. La valeur admissible dépend de l’appareil et du cadre applicable ; la cible technique reste un indice nul.

07 — Monoxyde de carbone

CO dans les fumées et CO ambiant : deux mesures différentes

Le CO est un gaz incolore et inodore produit par une combustion incomplète. Une analyse de sécurité doit toujours préciser où la mesure a été faite et si la valeur est brute ou corrigée.

Dans le conduit de fuméesContrôle de la combustion

Valeur souvent exprimée en ppm, parfois corrigée à 0 % d’O₂ ou rapportée à une teneur d’O₂ de référence. Elle sert à juger le brûleur.

Dans l’air du localContrôle sanitaire

Valeur réellement respirée autour de l’appareil. Pour l’entretien réglementaire de certaines chaudières, elle suit une procédure distincte.

Grille réglementaire de CO ambiant lors de l’entretien

Pour les chaudières atmosphériques de type B concernées par le protocole, la mesure s’effectue appareil à puissance nominale, sonde à environ 50 cm devant la chaudière, après préparation du local.

CO dans l’airSituationConduite à tenir
< 10 ppmNormaleReporter la valeur sur l’attestation.
10 à < 50 ppmAnormaleInvestigations complémentaires : ventilation, conduit, tirage et combustion.
≥ 50 ppmDangereuseMaintenir la chaudière à l’arrêt jusqu’au retour à une teneur acceptable.

Repères d’exposition professionnelle

ConcentrationRéférenceLecture correcte
20 ppmVLEP France sur 8 hLimite moyenne professionnelle, pas un seuil d’innocuité domestique.
100 ppmVLEP court terme FranceValeur limite sur une courte durée en milieu professionnel.
1 200 ppmIDLH NIOSHAtmosphère immédiatement dangereuse pour la vie ou la santé.
En cas de suspicion d’intoxication

Aérer si cela peut être fait sans danger, arrêter les appareils si possible, évacuer les lieux et appeler les secours. Ne pas réintégrer avant identification de la cause. Les maux de tête, nausées, vertiges ou faiblesse sont des signes possibles mais leur absence ne garantit pas la sécurité.

08 — Cas pratique

Exemple de lecture avec une valise de combustion

Exemple pédagogique d’une chaudière gaz naturel stabilisée à forte allure. Les valeurs ne remplacent pas la notice de l’appareil.

ANALYSE COMBUSTIONGAZ NATUREL · ALLURE HAUTE
O₂3,8 %
CO₂ calculé9,6 %
CO fumées18 ppm
Excès d’air22 %
T° fumées78 °C
T° air20 °C
ΔT fumées/air58 K
Tirage−8 Pa
1

Stabilité : les valeurs doivent être stables, sans hausse progressive du CO. La sonde doit être placée au cœur du flux, sans prise d’air parasite.

2

Air / gaz : 3,8 % d’O₂ et 9,6 % de CO₂ correspondent ici à environ 22 % d’excès d’air, cohérent avec le repère général retenu.

3

CO fumées : 18 ppm est faible dans cet exemple et inférieur au repère de 100 ppm du guide GRDF ; il faut encore vérifier la limite constructeur et le mode d’affichage du CO.

4

Température : les 78 °C doivent être interprétés selon le type de chaudière et de conduit. Une chaudière à condensation n’a pas la même logique qu’un générateur traditionnel.

5

Conclusion : résultat cohérent à cette allure, sous réserve du respect intégral de la notice, du contrôle du CO ambiant, de l’évacuation et des sécurités. Refaire la mesure aux autres allures prescrites.

Sources techniques

Références utilisées

Page pédagogique mise à jour le . Les prescriptions du fabricant, la réglementation applicable et les procédures de l’entreprise priment toujours.